Hydrobiologie

« Ne m’appelez plus jamais « France »…

« … La France, elle m’a laissé tomber … »

Extrait de la chanson de Michel Sardou : Le France

La France s’apprête à abandonner l’IBGN au profit de l’I2M2. Bon, dis comme ça, il est probable que ça ne parle pas à beaucoup de lecteurs, et que ceux pour lesquels cette phrase signifie quelque chose n’y verront pas de raisons de s’offusquer. Pour les lecteurs qui ne sont pas au fait des acronymes en vigueur dans le petit monde des hydrobiologistes, reprenons depuis le début. Pour ceux qui sont allergiques à l’hydrobiologie, je vous conseille de vous diriger vers un autre article de ce site… Je vous aurai prévenu ! D’autant plus que cet article est particulièrement long et technique. Mais une fois n’est pas coutume et je reviendrai bientôt à des articles plus cours et plus riches en illustrations, promis ! J’en profite aussi pour vous signaler que cet article sera certainement modifié / complété / nuancé à de nombreuses reprises, au fur et à mesure de mes prochaines lectures et discussions sur le sujet. Voilà qui est dit ! Et maintenant, rentrons dans le vif du sujet…

IBGN signifie Indice Biologique Global Normalisé. Il s’agit d’un indice biologique basé sur les macroinvertébrés aquatiques et donc la méthodologie a fait l’objet de normes, afin de pouvoir l’appliquer à l’échelle de vastes territoires (France, Wallonie,…) et de pouvoir comparer – on y reviendra – des échantillons entre eux. L’IBGN fournit un score allant de 0 à 20, score qui caractérise le bon état écologique de la station de prélèvement. L’acronyme I2M2 signifie quand à lui Indice Invertébré Multi-Métrique. Il s’agit là aussi d’un indice biologique basé sur les invertébrés aquatiques et lui aussi fournit un score qui évalue le bon état écologique de la station de prélèvement – oui, je sais, je n’ai pas défini ce que j’appelle par « bon état écologique « , mais là aussi, on y reviendra dans les prochaines lignes de ce texte -. L’IBGN et l’I2M2 diffèrent par leur logique de construction mais aussi par leur ambition. Et, sans être un défenseur acharné de l’IBGN, je suis sceptique – et non septique, restons polis – sur l’approche choisie par les concepteurs de l’I2M2. Et comme tout bon sceptique, je ressens le besoin de partager ce scepticisme avec quelqu’un… Devinez quoi ? Oui, c’est tombé sur vous !

Le prélèvement des macroinvertébrés suivant la norme française fait appel à l’utilisation d’un filet du type surber, dont l’utilisation peut se révéler… sportive 🙂

Source de l’image : http://lapalettedecouleurs.over-blog.com/article-ecologie-des-cours-d-eau-l-i-b-g-n-78883604.html

Les prélèvements se font aussi à l’aide d’un filet de type troubleau, plus facile d’usage et dont l’utilisation est recommandée dans la variante « belge » de la méthodologie d’échantillonnage.

En quelques mots, rappelons d’abord la logique qui sous-tend le calcul de l’IBGN. On échantillonne dans une station la faune des macroinvertébrés aquatiques, dans 8 micro-habitats, définis sur la base d’un tableau à deux entrées : le substrat et la vitesse. On échantillonne huit couples substrat-vitesse (je simplifie et je fais référence à l’application en Wallonie de cette méthode, mais le lecteur curieux consultera la norme française de 2004 pour en savoir plus) et on identifie les taxa récoltés au niveau systématique de la famille ou à un niveau supérieur pour certains groupes. On compte le nombre de taxa récolté et on obtient une valeur qui rentre dans une première métrique, la classe de variété. On liste ensuite le nombre de taxons « indicateurs » que l’on a récolté. Ces « groupes indicateurs » sont des familles d’invertébrés dont la sensibilité à la pollution organique est relativement – et ce terme n’est pas choisi au hasard – bien connue. Ils se distribuent depuis des groupes tolérant à la pollution organique (famille des Chironomidae, les oligochètes,…) ou des groupes dont le pouvoir indicateur, c’est-à-dire la capacité à fournir une information précise – est faible (famille des Baetidae) jusqu’à des groupes très sensibles à la pollution organique (familles des Perlidae ou des Odontoceridae, pour n’en citer que deux). Parmi ces groupes indicateurs collectés lors de l’échantillonnage, on sélectionne celui dont la valeur indicatrice est la plus importante et nous obtenons ainsi une seconde valeur, dans une seconde matrice, donc. Le croisement des deux valeurs dans un tableau nous donne le score de l’IBGN pour la station échantillonnée.